Non, ce n'est pas un martien! C'est une mante!
Posée au mois d'août sur ma terrasse, la mante dite religieuse (car elle
semble simuler une personne en prière- "lou prègo-diéu") se rencontre fréquemment dans le 04.
La Haute Provence bénéficie par sa situation géographique privilégiée d'une faune et d'une flore à la fois alpestre et méditerranéenne. ("Tu gèles sur les cimes cependant que tu cuis dans la vallée"; "Tu bois un vin chaud
en haut pendant que tu prends un pastis bien glacé en bas")
Ce qu'en dit Jean-Henri FABRE, notre fameux entomologiste
qui savait allier sciences d'observation et poésie.
(Souvenirs entomologiques-Robert Laffont-Bouquins Tome I, page 1093...)
La Mante (mantis religiosa
LInn.)
"(...)Ces airs patenôtriers cachent des moeurs atroces; ces bras suppliants sont d'horribles machines de brigandage: ils n'égènent pas des chapelets, ils
extermnent qui passe à leur portée.(...) la mante se nourrit exclusivement de proie vivante. Elle est le tigre des paisibles populations
entomologiques, l'ogre en embuscade qui prélève le tribut de chair fraîche. (...)
Son instrument de mort à part, la Mante n'a rien qui inspire appréhension. Elle ne manque même pas de gracieuseté, avec sa taille svelte, son élégant corsage, sa coloration d'un vert tendre,
ses longues ailes de gaze. Pas de mandibules féroces, ouvertes en cisailles; au contraire, un fin museau pointu qui semble fait pour becqueter. A la faveur d'un cou flexible, bien dégagé du
thorax, la tête peut pivoter, se tourner de droite à gauche, se pencher, se redresser. Seule parmi les insectes, la Mante dirige son regard; elle inspecte, elle examine; elle a presque une
physionomie.(...)"
Cannibale (avec ses consoeurs ) et le(s) mâle(s) peu après la
fécondation
"Nous sommes vers la fin août. Le mâle, fluet amoureux, juge le mment propice. Il lance des oeillades vers sa puissante compagne; il tourne la tête de son
côté, il fléchit le col, il redresse la poitrine. (...)
Si le pauvret est aimé de la belle comme vivificateur des ovaires, il est aimé aussi omme gibier de haut goût. Dans la journées, en effet, le lendemain, au plus tard, il est saisi par sa
compagne, qui lui ronge d'aord la nuque, suivant les us et coutumes, et puis méthodiquement, à petites bouchées, le consomme, ne laissant que les ailes. Ce n'est plus ici jalousie de sérail
entre pareilles, mais bien fringale dépravée. (...)
(...)L'amour est plus ort que la mort, a-t-on dit. Prisà la lettre, jamais l'aphorisme n'a reçu confirmation plus éclatante. Un dcapité, un amputé jusqu'au milieu de la poitrine, un cadavre
persiste à vouloir donner la vie. Il ne lâchera prise que lorsque sera entamé le ventre, siège des organes procréateurs.
Manger l'amoureux après le mariage consommé, faire repas du nain épuisé, désormais bon à rien, cela se comrend, dns une certaine mesure, chez l'insecte peu scrupuleux en
matière de sentiment; mais le roquer pendant l'acte, cela dépasse tout ce qu'oserait rêver une atroce imagination. Je l'ai vu, de mes yeux vus, et ne suis pas encore remis de ma
surprise.(...)
Mante marron rencontrée sur les hauteurs de Peipin, à l'Est de Lure, fin octobre 2009.
